L’histoire du musée

L’histoire du musée

Une industrie de tradition

À partir du XIVe siècle, les moulins à papier se développent en France : dans la vallée du Rhône, en Auvergne, en Île-de-France et dans le Sud-Ouest, Périgord et Angoumois.

Le premier moulin attesté en Charente est celui de Negremus sur la Lizonne en 1516. Dès lors, de nombreux moulins à blé ou à foulon sont adaptés pour la fabrication du papier et de nouveaux moulins sont construits spécialement pour cette activité.

C’est en 1537 que Maître Thérot-Texier lança la fabrication du papier fin dit de « l’Angoumois » très prisé par le Chapitre de la Cathédrale d’Angoulême qui subventionna les premiers investissements.

Le développement de l’imprimerie augmenta considérablement les besoins de papier et dès le XVIe siècle la région d’Angoulême devint le siège de prédilection des papeteries en raison de la pureté de ses eaux et de son sol calcaire.

En 1656, soixante-six moulins sont dénombrés en Angoumois : cinq sur la Charente, seize sur la Grande Boëme, neuf sur la Petite Boëme, quatre sur les Eaux-Claires, trois sur la Touvre, vingt-neuf sur la Lizonne, affluent de la Dronne.

Les mécanismes des moulins étaient entraînés par des roues hydrauliques utilisant la force de l’eau. L’eau était également indispensable à la fabrication de la pâte à papier, faite exclusivement à partir de vieux chiffons. C’est pourquoi tous les moulins sont construits sur ou à proximité d’un cours d’eau.

Le papier était fabriqué feuille à feuille, artisanalement, au moyen d’une « forme », châssis en bois en travers duquel sont tendus des fils de cuivre ou de laiton serrés les uns contre les autres et soutenus par de petites traverses de bois. La forme est plongée dans une cuve contenant la pâte à papier diluée dans de l’eau, et ramène en remontant une certaine quantité de pâte sur la forme. Cette fine couche de pâte est couchée sur un feutre et va former la feuille. L’ensemble des feuilles est pressé avec les feutres pour éliminer l’excédent d’eau, et les feuilles sont séchées à l’air dans les étendoirs.

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, les productions papetières ont constitué une des principales richesses économiques de la région. Ces produits étaient utilisés dans la région, le Sud-Ouest et Paris. Ils étaient exportés en Grande-Bretagne et en Hollande par les ports de Bordeaux, La Rochelle, Nantes et Saint-Malo.

Au cours du XVIIIe siècle, l’activité papetière diminue – vingt-quatre moulins en 1720 – pour reprendre au début du XIXe siècle.

À l’aube du XIXe siècle, Louis-Nicolas Robert met au point une machine capable de produire en continu des feuilles de papier de 60 cm de large et de 12 à 15 mètres de long. Ce procédé fut une innovation et présida à la révolution industrielle de la papeterie.

En permanente évolution, l’industrie papetière charentaise se spécialisa dans la fabrication du papier à cigarette, du papier haut de gamme – le fameux Vélin d’Angoulême – , des agendas, du papier couché, du sulfurisé, du carton ondulé et enfin de la transformation du papier, enveloppes et articles pour papeterie.

Les aléas économiques, liés à l’importance des investissements et aux évolutions des marchés ont entraîné la disparition d’entreprises plus que centenaires à la réputation prestigieuse telles que les sociétés Bardou, Laroche-Joubert, Alamigeon & Lacroix, Marcel Laroche et bien d’autres.

Le développement de la papeterie sur le site du Musée du Papier

100706-62· Première époque

À l’origine, le site appartenait à l’abbaye angoumoisine de Saint-Cybard. Il était constitué par un moulin et un four banaux situés le long de la Charente. Lorsque l’abbaye, déclarée bien national le 2 novembre 1789, est vendue en 1791, François Gratereau, qui s’en est porté acquéreur, transforme un des moulins à blé en moulin à papier.

L’ « État de la Papeterie de Saint-Cybard dirigée par le citoyen Gratereau jeune du 9 ventôse an II » (Archives départementales de la Charente) indique qu’il y a sept ouvriers (âgés de 11 à 47 ans) : saleran, ouvreur, coucheur, leveur, apprenti, gouverneur et vireur.

« Cette fabrique établie depuis la Révolution par le sieur Gratereau jeune travaille une (cuve) depuis 18 mois est encore en construction pour y être établie 4 cuves d’ici 8 mois. Elle est susceptibles d’être portée à 10 cuves en déplaçant le moulin à bled et un foulon qui y existent. Elle est sur la rivière de la Charente et touche le mur d’enceinte d’Angoulême ».

Ce moulin produit 300 quintaux de papier par an, expédiés à Paris, Bordeaux et à l’étranger.

En 1809, le moulin est acquis par Marc Joubert qui le revend en 1812 à Pierre Laroche, jeune.

· Deuxième époque

Antoine Lacroix (1774-1841) l’acquiert en 1819 et à partir de cette date commence la « saga » des Lacroix à Saint-Cybard.

L’acte de vente de la papeterie de Saint-Cybard donne une description sommaire des lieux : « Une fabrique à papier consistant en un vaste bâtiment composé de plusieurs pièces basses où sont établies les roues, les maillets et les cylindres, et une pièce haute où sont les étendoirs. À la suite il y a un petit bâtiment à deux étages, la chambre de cuve et les étendoirs au-dessus, une cour au-devant, un magasin ou délissoir et un jardin ».

L’entreprise créée par Antoine Lacroix se développe. Il y associe ses fils.

Dès 1819, Jean Lacroix aîné travaille avec son père.

En 1825, Auguste (l’auteur de l’Histoire de la papeterie d’Angoulême en 1863) travaille également avec son père.
En 1833, la Société « Lacroix Frères et Laroche » est créée.
En 1840, la société en nom collectif « Lacroix Frères et Gaury » lui succède où les quatre frères – Jean, Justin, Eugène et Auguste – sont associés dans la même entreprise. Leur père Antoine leur ayant cédé la gestion de la papeterie, un an avant sa mort.
En 1852, Auguste Lacroix et Gaury disparaissent de la société.
En 1865, le décès de Jean Lacroix marque l’apogée et le début du déclin de l’entreprise familiale.
En 1883, la Société Lacroix Frères est mise en liquidation, mais continue à produire jusqu’en 1885, date de la cessation définitive.
En 1887, la papeterie est vendue et adjugée à l’audience des criées du Tribunal civil d’Angoulême. Elle est acquise par M. Aristide Chevassu. Ceux-ci ne sont autres que les époux respectifs de Mme Jeanne Lacroix et Mme Louise Lacroix, petites-filles de Jean Lacroix « aîné » et donc arrière-petites-filles d’Antoine Lacroix.

Tous les papiers exposés au musée du papier dAngoulême· Intermède : L’usine hydraulique de Saint-Cybard et le service des eaux à Angoulême

Jusqu’au début du XIXe siècle, Angoulême fut alimentée en eau au moyen de puits et de fontaines publiques, ce qui occasionna maints problèmes de disette et d’incendie.

Les pouvoirs publics cherchèrent alors à y remédier et en 1812, 1820, 1827, 1830, divers essais infructueux furent tentés au moyen de machines hydrauliques ; mais ce n’est qu’en 1833 que le projet d’un ingénieur mécanicien, Jean-Marie Cordier, fut accepté et mené à bon terme.

Celui-ci établit au faubourg Saint-Cybard, dans les anciens moulins à blé, un mécanisme hydraulique à turbines horizontales et pompes à double effet, destiné à élever l’eau de la Charente jusqu’au plateau d’Angoulême.

Il installa des tuyaux de distribution dans tous les quartiers de la ville (6000 mètres) alimentant neuf fontaines monumentales et vingt bornes fontaines, et construisit un grand réservoir d’une contenance de 1 800 000 litres à Beaulieu. Ce système achemina 640 000 litres d’eau par 24 heures sur le plateau.

En 1857, les tuyaux de distribution arrivent jusqu’à la rue Marengo. Cependant, la machine hydraulique se montre insuffisante pour assurer la distribution sur tout le plateau et, en 1863, on installe une machine à vapeur, système mi-locomotive, d’une force de 15 CV, destinée à faire fonctionner une pompe annexe à la machine hydraulique.

En 1880, le mauvais état de l’installation nécessite une restructuration de l’ensemble de l’usine et la construction d’une nouvelle machine élévatoire – roue hydraulique, pompe horizontale à double effet – qui pourra débiter 2000 litres par seconde, soit près de 300 fois plus que l’installation de 1836.

Entre-temps, vers 1870, une seconde usine, celle de Foulpougne, avait été construite et alimentait aux 2/3 la ville.

En 1918, les installations de Saint-Cybard étant périmées, la Ville vend l’ensemble des bâtiments à la Société Bardou, Broussaud, Bonfils et Cie qui, avant d’installer son usine de façonnage de papier à cigarettes, assurera pendant quelques mois – du 5 septembre 1920 au 20 mars 1921 – le service de distribution d’eau sur le plateau.

L’usine de Foulpougne assure, à elle seule, à partir de mars 1921, l’alimentation sur toute la ville.

Celle de Saint-Cybard, vieille de 85 ans, cesse d’exister, pour devenir bientôt Le Nil.

081016-40Troisième époque : Papeteries Joseph Bardou – « Le Nil »

Les Papeteries Joseph Bardou – « Le Nil » ont leur origine à Perpignan dans les années 1830-1840.

Jean Bardou crée la marque de papier à cigarettes « J.B. » vers 1845. Celle-ci devient, par transformation du point situé entre le « J » et le « B » en losange puis en « O », le « JOB ». L’atelier crée par Jean Bardou se développe et la production devient très importante. Son fils, Pierre, prend sa succession après sa mort en 1852. Les descendants de Jean Bardou prennent alors le patronyme de « Bardou-Job » et exploiteront la marque.

Joseph Bardou, fils de Jean Bardou et frère de Pierre, crée à l’instar de son père un atelier de façonnage de papier à cigarettes en 1849. Les marques créées par Joseph Bardou portent son nom : « Papier Bardou », « Riz Bardou », etc…, et sa signature « Jh Bardou » pour les distinguer de celles de son père puis de son frère.

Les registres des Papeteries Jh Bardou des années 1870-1880 attestent qu’une part de la production de papiers à cigarettes est expédiée en grande quantité vers le Moyen-Orient et en particulier en Égypte. C’est sans doute une des raisons qui provoque l’idée de donner le nom « Le Nil » à une des marques de papier. En effet, cette marque est déposée le vendredi 13 mai 1887 au Tribunal de Commerce de Perpignan. Ce nouveau produit est lancé avec une iconographie publicitaire orientaliste où paraissent sphinx, pyramides, palmiers et le célèbre éléphant. Cet éléphant, qui est l’image de marque de la papeterie et d’un de ses produits – Le Nil – , est redessiné par le célèbre affichiste Leonetto Cappiello (1875-1942) en 1912.

Dès lors, tous les fumeurs avisés ne fument que « Le Nil » ! Même Napoléon est représenté sur une affiche signée « Dellepiane » (circa 1895) et ordonne à ses soldat de ne fumer que « Le Nil »…

À la fin de l’année 1970, la machine à papier de Saint-Cybard cesse de tourner et les ateliers sont progressivement transférés à Cothiers.

Le Musée du Papier

· La réhabilitation du site

En 1979, la Ville d’Angoulême acquiert l’ensemble des bâtiments appartenant à la Société Bardou dans le but d’y installer un vaste complexe socio-culturel. En 1980, la Maison des Syndicats et des Associations ouvre ses portes dans le bâtiment longeant la rue de Bordeaux et, en 1983, commencent les travaux de réhabilitation de l’immeuble-pont enjambant la Charente.

Les architectes ayant remporté le concours (l’équipe Cuno Brullman et Arnaud Fougeras Lavergnolle, assistés par Reichen et Robert) prennent le parti de conserver intégralement les façades de pierre et d’utiliser l’acier, par contraste, pour les interventions nouvelles : escaliers, mezzanines, et garde-corps.

On installe également – renouant en cela avec le passé du fleuve et des bâtiments – trois turbines hydro-électriques destinées à fournir 800 000 kWh et à alimenter en énergie la Maison des Associations, l’École d’Art et le Musée, le surplus étant dirigé vers le réseau E.D.F.