David et Nil : Carnet de voyage volume 19

David et Nil : Carnet de voyage volume 19

Lundi 23 novembre : la Camel Fair !

Une nouvelle journée se lève aux portes du désert du Thar à Pushkar au Rajasthan, une journée qui sera riche en émotion avec la grande Camel Fair. Voilà une foire pas ordinaire qui a lieu une fois par an où les éleveurs de tout le Rajasthan se retrouvent pour vendre leurs dromadaires et acheter du matériel agricole. La foire est aussi l’occasion de vendre les célèbres et élégants chevaux du Rajasthan, les Marwali. Nous prenons la route à pied avec Nicole et Jean-Pierre, la foire se situe à 2 km de notre Guest House mais le trajet est toujours intéressant à pied, les sons, les couleurs, les élégantes femmes avec leurs saris colorés etc. La foire est également un prétexte à une énorme Foire du Trône à la mode indienne oubliez celle de Paris parce que je vous défie de monter dans les manèges indiens, tellement ils sont vétustes. Qu’à cela ne tienne, nous sommes venus pour la Foire aux dromadaires mais un peu d’extravagance vaut le détour et là vous ne seriez pas déçus.

Un spectacle étonnant !

DSCN2769Un étonnant chapiteau renferme des véhicules sans âge, et à l’extérieur un rabatteur hurle dans des haut-parleurs pour vous attirer à l’intérieur. Nicole et Jean-Pierre y sont allés la veille mais le spectacle est tellement surprenant qu’ils veulent absolument que j’aille avec eux une seconde fois. En fait, c’est le genre de chose que vous ne verrez qu’une seule fois dans votre vie alors il ne faut pas le rater. Il s’agit d’une arène où sont garées quatre voitures et deux motos, jusque-là rien d’exceptionnel. Ce qui l’est, c’est que les véhicules vont rouler le long d’une paroi quasi verticale qui pourrait être apparenté à un tonneau. Le spectacle ne dure que 5 minutes mais c’est largement suffisant pour ces trompe-la-mort qui s’installent à l’intérieur des véhicules, pour quelques roupies, et réalisent un show qui dépasse l’entendement. Les véhicules se croisent à la verticale dans cet énorme tambour. Les passagers sortent la tête des portes et des fenêtre. Les femmes, conduisant les motos, lèvent les bras sans tenir la moto et se laissent aller par la force centrifuge de l’engin lancé à pleine vitesse. Dans le tonneau roulent, en même temps, trois voitures et deux motos qui se croisent sans se percuter mais les conditions de sécurité sont bien sûr inexistantes et le moindre accrochage serait un drame. L’arène bouge sans cesse, et nous, spectateurs du haut des gradins, nous assistons à ce spectacle unique car jamais en France un tel show ne serait autorisé.

DSCN2747Nous repartons vers le stade de Pushkar où se tient toute la journée des concours de turbans, de moustaches etc, un spectacle étonnant ! Le concours de moustaches où Nil n’a pas boudé son plaisir de se faire photographier avec certaines vedettes de la journée. La chaleur est importante mais supportable à cette période de l’année, nous suivons alors la piste de la foire aux dromadaires où, sur les dunes environnantes, se repartissent les éleveurs sous le soleil du Rajasthan. Aujourd’hui la foire tire à sa fin car elle a commencé dès la semaine dernière et j’arrive un peu tard pour voir les transactions s’effectuer entre éleveurs.

Cependant, des hommes sont assis autour d’une table et remplissent des documents, je vais les voir avec Nicole et nous demandons s’il s’agit de certificat de vente, les hommes opinent de la tête. Cette scène, à peine croyable en plein milieu du désert, me rappelle un peu le célèbre tableau que l’on peut voir au Musée d’Angoulême de « La foire à Montbron » sauf qu’ici nous sommes en Inde et que ce sont des dromadaires que l’on vend et non des bœufs. De plus, il est intéressant de constater que, dans n’importe quel endroit du monde, on procède de la même façon. Cette scène pourrait également rappeler, à certains, notre célèbre Foire de Rouillac qui a lieu tous les 27 du mois. Les transactions se terminent et déjà on peut voir les éleveurs rassembler leurs troupeaux pour commencer la transhumance du retour. Quelle image magnifique : ces dromadaires alignés dans cette caravane étonnante quittant l’effervescence de Pushkar pour rejoindre le silence du désert.

Une méthode de fabrication de papier très particulière !

Nous repartons vers le centre de Pushkar et Nicole souhaite m’emmener voir, sous l’une des nombreuses tentes, une association du Rajasthan qui fabrique du papier à la main. Je suis ravi car j’ai rendez-vous jeudi à la fabrique Salim’s Paper à Jaipur mais là c’est l’occasion d’avoir de nouveaux contacts. Sous la petite tente, on me présente divers papiers réalisés à la main par des femmes et avec une matière très particulière ! Désert oblige, il s’agit des fientes de dromadaires mélangées à la fibre de coton.

En fait, la méthode est la suivante : avec 70 % de fientes de dromadaires et 30 % de coton, on obtient un papier très épais de couleur gris et non blanchi avec des produits chimiques. La personne sur place m’explique que les femmes utilisent des tamis pour récupérer la pâte dans la cuve. Je demande où se trouve cette fabrique en rêvant pouvoir m’y rendre d’ici mon départ, mission impossible, la fabrique se trouve à 400 km au sud de Jaipur et je n’ai pas assez de temps pour m’y rendre avant jeudi.

Qu’à cela ne tienne, j’achète des échantillons de papier mais aussi des produits manufacturés tels que des enveloppes et deux petits carnets. Ces témoignages de pratiques papetières rentreront, à mon retour à Angoulême, dans les collections du musée. À l’occasion d’un prochain voyage, je me fais la promesse de me rendre sur place pour en apprendre un peu plus. La journée se termine par un spectacle musical agrémenté de danse à la Bollywood. Nous sommes ravis, c’est la première fois que l’on assiste à ce genre de représentation, toujours haute en couleur. Le kitsh est présent partout dans le décorum de la scène dans l’apparat de certains chanteurs et dans la lumière outrancière. Le plus étonnant est de se retrouver là ce soir, entourés d’éleveurs qui assistent à un spectacle digne de Bollywood en plein désert en notre compagnie avant de rejoindre, dès le lendemain, leur campement à quelques centaines de kilomètres de-là.

Nous quittons Pushkar dès mardi matin pour Ajmer. Nicole et Jean-Pierre prendront le train pour Delhi car ils rentrent en France jeudi. En ce qui me concerne, je m’arrête à Jaipur pour quelques jours.

Au revoir Nicole et Jean-Pierre…

Je quitte définitivement mes deux aventuriers charentais pour des retrouvailles qui auront lieu à présent en décembre à Angoulême. J’ai passé, à leur côté, un mois formidable pleins de surprises et de découvertes. Le dynamisme, qu’ils font preuve dans leur engagement humanitaire auprès des enfants de Dehra Dun à travers leur association, force l’admiration. J’ai rencontré deux personnes extraordinaires qui resteront, à présent, cher à mon cœur.

Pour ma part, je reste encore quelques jours pour me rendre, comme prévu, jeudi à l’usine de Sanganer à 10 kilomètres de Jaipur pour mon rendez-vous dans la fabrique de papier Salim’s Paper. Je m’apprête donc à me rendre à ma dernière étape de mon aventure en Inde avant mon retour à Delhi prévu samedi.